Rite de désenvoûtement séculaire, la Tarantella est au coeur de ce premier album de Taranta Lanera. Entre tradition et modernité, le projet Taranta Lanera et l’album éponyme naissent de la rencontre entre cette musique populaire du sud de l’Italie et l’univers de l’artiste Mari Lanera.

Sur la base de musique électronique qu’elle a composée, elle reprend des chansons populaires des Pouilles et de la baie de Naples. Ancrées au coeur de traditions populaires d’origine païenne, ces chansons parlent d’amour, malheureux ou passionnel, d’insatisfaction, d’aveu du désir et de ses propres limites, mais aussi de critique sociale contre le poids de l’église et la culpabilité liée à ses préceptes. Mari Lanera, amoureuse de la musique populaire de l’Italie méridionale, reprend ces airs traditionnels dans le respect des codes en en proposant une version personnelle et inspirée. La voix puise sa puissance dans l’invocation désespérée de l’être aimé, et s’allège dans l’évocation des délices de l’amour, puis s’égare vers des airs frôlant le trip-hop.

Des ballades amoureuses au rythme étourdissant et à la mélodie entêtante qui entraînent l’auditeur dans un état de transe. Le son enivrant du tamburello, le grand tambourin salentin, se mélange aux sons des claviers électroniques qui réinterprètent les instruments traditionnels de la pizzica comme la guitare ou le violon. La musique, qui parfois se réfère aux codes de musique rock et cold wave, est souvent répétitive, entêtante, hypnotique dans sa cadence et dans le rythme soutenu par le tabla.

Sur scène, dans une transfiguration fantasmagorique confinant à la sorcellerie et aux rites païens, l’artiste propose une lecture moderne de textes et de rythmes anciens, dans des instrumentations électroniques propices à la rêverie et mettant la parole au centre d’une masse sonore dense et perpétuelle. Comme une parenthèse chantée venant bousculer le quotidien inaudibilisant, Taranta Lanera nous avertit de l’inéluctable inversion des normes qui vient.